Comment trouver le juste équilibre entre la surimplication parentale (hyperparentalité) et le sous investissement?

Ces derniers mois, les médias ont beaucoup évoqué le problème de l’hyperparentalité. C’est ce qu’on appelle les “parents hélicoptères” , ces parents qui planent en permanence autour de leur enfant pour lui assurer le meilleur avenir possible ou qui sont prêts à voler à son secours au moindre problème. Et puis bien sûr, nous connaissons aussi son opposé qu’ est la négligence parentale. L’actualité nous le rappelle encore parfois tristement.

La société a beaucoup changé, on voit heureusement moins de cas de négligence parentale que par le passé… mais on retrouve de plus en plus l’inverse. Et en psychologie, les extrêmes ne sont jamais bénéfiques… car il est vrai qu’à vouloir trop bien faire, on en est devenu excessif. Comment retrouver l’équilibre?

Parents, nous parlons trop!

Nous sommes bien trop bavards et commentons beaucoup trop les faits et actes de nos enfants. Soit nous critiquons ce qu’il fait (“Tu n’as pas suffisamment travaillé”, “Tu devrais t’y prendre de cette manière”, “Tu laisses toujours traîner tes affaires”, “Non, ce n’est pas ça”…) soit nous sommes dans l’éloge (“Bravo, c’est vraiment bien cette note en français”, “Tu t’es vraiment bien débrouillé au tennis”, “C’est chouette que tu aies pu te réconcilier avec Tom”, “Bien!”…). Nos paroles soufflent le froid et le chaud … et surtout lorsqu’elles sont chaleureuses et positives, elles engendrent une forme de dépendance. C’est en effet extrêmement agréable d’entendre des compliments. Ils satisfont notre besoin de reconnaissance et stimulent les circuits neuronaux du plaisir. On en voudrait toujours plus…

Quant aux critiques, bien sûr, elles ne sont agréables pour personne… mais les enfants s’habituent à ces feedbacks permanents et, à force, ne pensent plus par eux mêmes. Beaucoup d’enfants de parents surimpliqués ne parviennent pas à évaluer leur propre comportement et sont dépendants de l’avis de l’adulte. Ils peuvent développer un fort sentiment de culpabilité lorsque le résultat du comportement est négatif.

Bien sûr, je ne vous dis pas de ne plus émettre de félicitations ou de critiques. Toutes deux, sont bien sûr indispensables au risque que votre enfant vous perçoive comme indifférent à lui … mais apprenez avant tout à votre enfant à réfléchir sur son comportement par lui même avant de donner votre avis:

“Tu as eu 10 en géographie? Qu’en penses-tu? Comment souhaites-tu t’y prendre la fois prochaine?”

“Tu t’es réconcilié avec Tom? Comment tu t’y es pris? Qu’est-ce que ça te fait? Qu’est-ce que tu penses de ce conflit?”

Alors bien sûr, je caricature…  Je crois que vous aurez compris qu’on cherche à développer l’autonomie affective de l’enfant de manière à ce qu’il puisse raisonner sur ses actes … et en tirer le meilleur partie en prenant conscience qu’il est responsable de son comportement qu’il soit positif ou négatif. Il est important pour son développement psychologique qu’on développe un locus de contrôle interne. C’est à dire qu’on n’attribue pas systématiquement ce qui nous arrive à des circonstances extérieures mais à nos propres comportements. C’est essentiel pour construire une estime de soi stable et solide qui ne s’effondre pas au moindre échec ou à la moindre remarque négative.

Ne pas anticiper et chercher à éviter l’échec de l’enfant

Car oui, parfois même… il ne faudra pas commenter ses tentatives lorsque vous le voyez faire quelque chose. Laissez le agir par essai erreur en vous retenant de le conseiller ou de le guider… Il doit faire ses propres expériences.

Dans le domaine des devoirs c’est extrêmement important. Beaucoup de parents me relatent des conflits autour de la période des devoirs: l’enfant ne veut pas s’y mettre, il refuse d’apprendre davantage alors qu’il ne sait manifestement pas sa leçon ou fournit un travail peu soigné. Difficile lorsque l’on est perfectionniste soi même de vivre ces situations… Nous sommes en général particulièrement réactifs et interventionnistes… ce qui conduit droit au conflit.

Laissez -le donc prendre ses responsabilités…. L’épreuve des faits dans la vie est bien plus formative que vos remarques et critiques à un certain point. Soyez davantage proactif, laissez lui de l’autonomie en lui demandant avant les devoirs comment il pense s’y prendre.

Là où la question se pose le plus, c’est à l’adolescence lorsque l’ado a tendance à procrastiner lors de décisions importantes pour lui … mais là ce serait un article complet à écrire! Ce qu’il faut retenir, c’est qu’à un moment aussi crucial où l’individu a besoin de construire son autonomie, plus vous interviendrez avec insistance, plus cela sera contre-productif. Mais hors de question de fermer les yeux pour autant… car il a besoin de votre soutien indéfectible … L’équilibre veut que vous lui donniez des limites et des dead line, que vous lui fassiez des rappels et parfois que vous lui appreniez un savoir-faire. Son échec ne vous appartient alors plus… il peut être nécessaire à son évolution et à sa maturité.

Etre une mère “suffisamment bonne” ou un parent suffisamment bon

Quoique non psychanalyste, j’aime beaucoup cette expression de Winicott, inspirée des travaux de Mélanie Klein. Cette formulation qualifie la mère qui sait donner des réponses équilibrées à son enfant. Ni trop, ni trop peu. La mère “pas assez bonne” (négligente) générerait de la souffrance chez l’enfant alors qu’une mère “trop bonne” ne lui laisserait pas ressentir le manque et générerait de la toute-puissance chez l’enfant. Vous savez? … ces fameux enfants rois!

Il est en effet essentiel d’apprendre aux enfants à vivre des émotions négatives. Elles font partie de la vie et doivent apprendre à être gérées et surmontées au fil du développement de l’enfant.

Apprendre à accepter les émotions négatives permet aussi aux enfants à apprendre sans peur de l’échec. L’acte d’apprendre peut génèrer en soi des émotions négatives (difficulté, effort, frustration) mais le fait de pouvoir surmonter ces émotions négatives génère les plus grandes émotions positives (soulagement, fierté, sentiment d’accomplissement, …).

Un bon exemple d’équilibre: la méthode Montessori

On en parle beaucoup ces dernières années … pourtant elle a plus d’un siècle… mais ses concepts sont une mine d’or dans le domaine éducatif et pédagogique. Les neurosciences ne font que la redécouvrir avec bonheur! En ce qui concerne mon propos aujourd’hui notamment, cette méthode vise la liberté d’action, l’autonomie et l’initiative. L’adulte prépare les activités pour favoriser les apprentissages mais reste en retrait. C’est dans son rapport à l’objet d’apprentissage que l’enfant éprouve les émotions inhérentes à l’acte d’apprendre et construit ainsi sa confiance en lui. L’adulte reste toujours  disponible.

Freud ne s’y était pas trompé, le métier de parent est le plus difficile du monde…

Et si notre bonheur à tous étaient dans l’imperfection…

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