Enfant surdoué

Haut potentiel: quelle scolarisation?

Enfant surdoué
Comment scolariser l’enfant à haut potentiel

L’enfant à haut potentiel questionne beaucoup…. et en particulier sa scolarisation.

Que faire? Faut-il accélérer le programme (c’est le traditionnel saut de classe), faut-il lui faire approfondir les notions? Faut-il le déscolariser?

Evidemment, chaque enfant est différent, mais aussi chaque enseignant, chaque école…. c’est autant de configurations possibles nécessitant d’individualiser les réponses apportées.

Néanmoins, je vais vous proposer dans cet article quelques éléments de réponses afin d’y voir plus clair…

ACCELERER: Le saut de classe

C’est bien souvent l’option la plus facilement retenue, en particulier jusqu’à la fin du CE1. La décision est parfois difficile à prendre.

Lorsque je travaillais dans l’éducation nationale, en tant que psychologue scolaire,  la question récurrente était: “A-t-il la maturité pour un saut de classe?” Or, à mon sens, ce n’est pas la question à se poser. En effet, ce que l’on peut prendre pour de l’immaturité est davantage le reflet de son hypersensibilité. En ce qui concerne la maturité liée au développement moteur, peut-on raisonnablement maintenir un enfant brillantissime dans sa classe au prétexte que son écriture n’est pas encore suffisamment développée?

Ce qui me semble important est de mettre dans la balance l’investissement cognitif minimal nécessaire de l’enfant à haut potentiel et la nécessité de préserver l’image de soi en lui permettant de réussir dans sa nouvelle classe.

En effet, l’enfant à haut potentiel vit très mal de tourner cognitivement à vide lorsque les apprentissages sont trop faciles pour lui. Il a besoin de se dépasser et se mettre en situation d’effort. Néanmoins, il est important pour son image de lui qu’il se ressente toujours en réussite. L’échec est insupportable pour lui. C’est donc un équilibre subtil à trouver.

L’enfant à haut potentiel vit souvent très bien le fait de se retrouver dans une classe avec des enfants plus âgés avec qui il partage finalement beaucoup plus de centres d’intérêt. Pourtant, ce décalage est à repenser au moment de la puberté où évidemment il ne sera pas “synchro” et pourra se sentir rejeté, mais surtout à l’issue des études secondaires où peut-être il devra prendre son envol en toute autonomie à l’autre bout du pays pour intégrer une grande école…

A plus court terme, il faudra être vigilant à l’estompage de l’effet “saut de classe”. En effet, l’enfant à haut potentiel vit souvent comme une libération, dans un premier temps, le passage dans le cours supérieur car il découvre un nouveau mode de fonctionnement et de nouvelles notions. Mais très vite, cet effet s’estompe et il retombe dans l’ennui…

 

APPROFONDIR

Si les enseignants adaptent bien volontiers le contenu de leur enseignement aux élèves plus faibles, il est plus rare qu’ils le fassent pour des enfants de niveau supérieur.

C’est en effet chronophage. Beaucoup d’entre eux donnent du travail supplémentaire aux enfants les plus rapides. Néanmoins, ces derniers manquent souvent de motivation pour les exécuter. C’est bien normal, pourquoi devraient-ils travailler deux fois plus sous prétexte qu’ils sont brillants! Ils restent des enfants…

L’idée est donc d’approfondir les notions. Ces enfants surdoués ont rarement besoin de 5 exercices d’entraînement pour comprendre. Un ou deux suffisent amplement. Par contre, on peut leur proposer des tâches plus complexes qui mobilisent davantage leur intelligence.

Certains établissements ont mis en place des dispositifs dits “classe kangourou” qui regroupent les enfants les plus avancés de chaque classe (pas forcément à haut potentiel d’ailleurs) afin qu’ils se retrouvent pour mener ensemble des exercices plus complexes et donc stimulants.

Pas besoin de moyens supplémentaires pour autant (tant mieux en cette période de restriction budgétaire!). Il est possible, dans une école, d’harmoniser tous les emplois du temps des classes pour que tous aient en même temps maths et français. Des évaluations communes à toutes les classes permettent de proposer des groupes de niveau où l’on s’adapte à chaque élève du plus faible au plus performant. Croyez-moi, cela fonctionne extrêmement bien (je l’ai expérimenté en maths dans une vie antérieure quand j’étais maîtresse d’école ;-)). Tout le monde était heureux, les élèves comme les enseignants qui, de fait, étaient beaucoup plus détendus.

Il ne faut par ailleurs pas oublier que les enfants à haut potentiel ont peut être davantage besoin que les autres de méthodologie des apprentissages. C’est aussi une forme d’approfondissement.

 

DÉSCOLARISER L’ENFANT A HAUT POTENTIEL?

Pour être très claire avec vous, ce n’est vraiment pas l’option que je retiens! Etre intelligent, c’est avant tout pouvoir s’adapter. Côtoyer ses pairs est donc essentiel. Bien sûr, vous allez me dire qu’il y a les centres de loisirs ou le sport… mais vos meilleurs souvenirs d’enfant n’étaient-ils pas en cours, à la cantine ou en récré?

Je suis plutôt en faveur des dispositifs permettant de regrouper ces enfants entre eux, tout en ouvrant les portes de la classe sur d’autres activités.

Et vous, enseignants ou parents d’enfants à haut potentiel ou précoces, comment avez vous gérer tout cela?

N’hésitez pas à me faire part de votre expérience dans vos commentaires…

Virginie Bossut

Psychologue spécialisée dans l’éducation, les troubles des apprentissages et les thérapies cognitives et comportementales.

 

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9 comments

  1. Merci pour votre article. Nous avons fait le choix du saut de classe pour notre fils detecte HP. Il est alimente intellectuellement mais affectivement c est compliqué d être séparé de ses copains qui sont en ce2 alors qu’il est désormais en Cm1. Le rôle de l enseignante est capital ds la réussite de ce saut de classe mais pas simple à tenir quand la classe comporte 30 élèves. Je conseille à tous les parents confrontés à cette situation de bien mesurer les bénéfices et surtout la capacité de l enseignant à s adapter à votre enfant bien différent des autres même si brillant…

    1. Merci Karen. Effectivement, la situation est toujours à apprécier en fonction des différents paramètres. Ce n’est pas toujours facile…

  2. Bonjour Virgine,

    merci pour votre article.
    Alors non, pour beaucoup d’adultes HP dont je fais partie et que je côtoie, les souvenirs d’école, et particulièrement de cours de récréation et de cantine, ne sont pas terribles du tout voire insupportables pour certains.

    Je vous remercie de souligner le fait que pour beaucoup d’instituteurs un enfant HP puisqu’il est intelligent peut s’en sortir seul, alors qu’il a besoin d’accompagnement

    Le système scolaire a bien besoin d’être réformé, les instits et profs réellement formés. A quand une filière enseignement avec psychologie de l’enfant, neurosciences, méthodologie classiques et alternatives, formation sur la gestion de groupe, formation sur les troubles des apprentissages….. ?

    1. Un peu à la fois les choses bougent dans l’enseignement; les formations sont de plus en plus fréquentes (en tout cas pour le premier degré que je connais mieux). Votre rôle de parent, ainsi que le relais des associations et des professionnels est essentiel. Nous ne baisserons pas les bras…
      Merci beaucoup pour votre témoignage.

    2. Bonjour

      Bien d’accord avec vous.
      A la lecture de l’article, je me suis reposée la question et définitivement, non, mes meilleurs souvenirs d’enfance ne sont pas à l’école.
      Ils sont au parc avec les enfants d’âge et de niveau différents que j’avais choisi pour copains, au centre de loisir, et au sport.
      Mes années primaires à l’école n’ont été supportables que par l’affection que je portais à certains de mes enseignants.

      Quant à dire qu’être intelligent c’est avant tout pouvoir s’adapter…quel raccourci !
      A l’âge que j’ai, la petite trentaine, après des épreuves qui m’ont formé, et grâce à une bonne capacité de résilience, oui, je m’adapte, à tous les milieux, à peu près partout.
      Mais cette maturité je ne l’ai certainement pas acquise grâce à mes années de souffrances scolaires.

      Envoyer des gamins au charbon avec l’idée de les endurcir, je ne trouve pas cela malin.
      La scolarisation, oui, avec plaisir, pour peu que l’école se donne de réel moyens et compétences pour accueillir ce type d’enfants.

      Un enfant se dot d’être protégé, et ne pas se voir surchargé de poids bien trop lourds pour ses épaules (surtout quand en plus l’enfant cumule, différence, souffrance de l’intellect non nourri, hyperempathie et hypersensibilité, comme très souvent chez les HP).
      Voilà comment on en fera un adulte fort, à l’intériorité préservée autant que faire se peut, miséricordieux pour les autres et près à faire face aux épreuves de la vie.

      Une vision qui va au delà de la finalité d’avoir son baccalauréat à l’école comme tout le monde.

      Cordialement.

  3. “Être intelligent c’est justement savoir s’adapter…” . Cette phrase révèle bcp de méconnaissances sur les EIP, dont certains profils sont carrément à l’opposé d’idée d’adaptation. Ils en souffrent suffisamment….!!!!!

    1. La notion d’adaptation est issue d’une définition piagétienne de l’intelligence. Je suis tout à fait d’accord avec vous sur le fait que le manque de flexibilité de certains de ces enfants sont source de souffrance pour eux et peut gêner leur intégration. C’est pourquoi, il est nécessaire de les accompagner psychologiquement afin qu’ils puissent s’assouplir tout en restant eux-mêmes. Néanmoins, leur créativité est un atout certain pour générer des solutions originales aux problèmes rencontrés. N’est-ce pas aussi de l’adaptation?

  4. Salut, j’ai écrit un forum sur le sujet du QI sur http://www.video-games-records.com/quotient-intelectuel-q-i-forum-t7681-p1.html

    Je viens poster mon commentaire sur le ressenti de mon vécu de cette situation. Et que tout notre manière de voire notre vie ou celle des autres dépends pour tous de nos objectifs personnel: objectif différents=vie différentes….

    J’ai quelques point de différence avec la “norme ou moyenne” (qui est soi-disant de 90 à 110) mais comme personne n’a de preuve alors je n’y crois pas, et j’ai pas mal de points commun les “Haut Potentiel” qui est qualifier en cas de + de 15 point d’écart entre les 2 groupes de test qui sont raisonnement abstrait et réactivité manuel ou concrète à retranscrire l’information.
    Durant toute ma scolarité les élèves ainsi que les enseignants ont toujours chercher une raison pour m’exclure volontairement de leur système sociale et/ou de vouloir ne jamais me faire progresse de classe; si mes parents avaient écouter mes profs j’aurais du redoubler toutes les classes du fait de mon incapacité à être utile aux autres, Je suis malgré ce grand défaut TOTALEMENT autonome ce qui est aussi LE principale problème de ma réussite scolaire et de mon intégration sociale. (d’où le fait que j’ai quelques point commun de marginalisation sociale avec les “Haut Potentiel”) Et que j’avais des objectifs, la manière de pensée et des méthodes d’action pour réaliser les tâches demander totalement différentes. Et mon handicap tient du fait que je suis trop indépendant, que je suis relativement lent concrètement, et que je ne peux pas réaliser les tâches que l’on peux me demander.

    Cela ne m’empêche pas d’être considérer comme intelligent par certain, et de “bouffon” par les gens qui n’ont qu’un seul chiffre de QI et qui est inférieure à 115.

    Et que Principalement la réussite scolaire est basée sur l’Insertion Sociale et l’intelligence commune à être instinctivement comme 90% des autres personnes de son âge(preuve l’appui car mon petit frère est dans ce cas précisément).

    A part lire, compter et écrire; j’ai du apprendre tout ce que je voulais apprendre tout seul.

    Ma seul manière de réussir à été de ne plus me comparer avec les autres… Je précise que tout le monde n’a pas le BAC (à sable) et que ma santé mentale : Stress, Insertion Sociale, Trop ou Pas Assez de réaction émotionnel, Capacité à Réussir, Vitesse de Réactivité… et tous mes anciens problèmes se sont réellement tous envoler depuis que je n’était plus scolariser en Juin 2013. mon seul diplôme étant le BEPC (Brevet de Collège 3ème).

    Je me suis sentie en meilleur santé mentale depuis que je ne vivait plus avec les décérébrés (de mes ancienne écoles, collège, lycées). Mais je reste toujours aussi INCLASSABLE: car je ne suis pas du tout manuel, je ne suis pas du tout populaire (donc je ne peux pas être un chef/leader, je ne suis pas assez intelligent pour continuer des études (lycée générales et +) car je n’ai malheureusement pas un QI inférieure à 115, et je ne suis pas Surdoué (QI130et+++) pour faire un métier marginal et abstrait; J’ai aussi des capacité sportives et physique/corporelle inférieur à celle des filles de mon âge alors que je suis un garçon.

    Par chance mon principale point fort (au test de QI) est ma manière de parler, et + je fais le point sur ma situation, + je me dis que mon seul avenir est de faire de la politique alors j’ai eu tout fait pour éviter volontairement toute responsabilité dans ma scolarité.

    Ce qu’on ne vous dit pas sur le sujet c’est que ce qui nous crée TOUS NOS PROBLEMES ce sont justement les gens soi-disant “normaux et sans problème” .
    Après avoir étudier mon propre cas je me suis vite rendu compte que ces personnes ce créaient volontairement des problème sociale entre eux car il n’aimaient pas que tout soit trop facile pour eux.

    Que tous les gens qui font de la Politique au Gouvernement sont Tous des Haut Potentiel du fait de leur Marginalisation scolaire durant les années de leurs études. et accessoirement par ce qu’ils sont tout aussi détester que les enfants Haut Potentiel par les gens “soi disant normaux” et qu’ils sont de ce aussi Incompréhensible pour les non haut potentiel.

    Pour faire simple être Haut Potentiel c’est avoir une vie de solitaire que ce soit volontaire ou non. C’est aussi se débrouiller tout seul car c’est très difficile de laisse quelqu’un d’autre faire une action pour soi-même (ce qui nous désocialise encore+); alors que les gens soi-disant normaux savent ce reposer SANS SCRUPULE sur les autres personnes alors que le HP sentirais du remord et voudra absolument compenser par action envers la personne qui l’a eu aidé. C’est se mettre énormément beaucoup de personne: à dos, qui vous déteste, qui ne veulent pas vous parler, qui ne veulent pas perdre contre vous, qui vous mette tous les maux de la terre sur le dos, ainsi que tout leur problèmes de santé mentale “tu va nous rendre fou” ou “je vais devenir fou avec toi”..etc. Même si vous n’avez réellement rien à voir du tout avec ces problèmes.
    Et qui croient aveuglément que vous avez toujours besoin d’aide et que vous ne pourrez jamais vous en sortir seul ou inversement. Je vous conseille très fortement de faire une demande MDPH.

    Et si vous dans le cas inverse à l’extrême opposé comme mon frère alors vous êtes “SURDOUE” ce qui RADICALEMENT L’OPPOSER de HAUT POTENTIEL.

    le Terme de maturité sert uniquement à faire un tri des personnes qui nous ressemble le plus et qui les mêmes moralités.

  5. Je rejoins les commentaires prudents sur les cours de récré. Au mieux des moments doux amers teintés d’ennui adolescent et chambre d’écho amplificateur de la lenteur des cours, au pire devoir se cacher des harceleurs malfaisants ou violents. Sauf à remonter à l’école primaire sans doute. Bref des risques majeurs. Vous tenez une meilleure piste je pense avec l’idée de travaux de groupe (de niveau ou d’élection). J’ai retenu en tant que parent votre propos sur le tragique du sentiment d’échec. Merci pour cet article et votre ouverture à la discussion. Bonne continuation!

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