Bruit

Chut ! Pourquoi le bruit réduit les capacités d’apprentissage ?

Le bruit est partout. On connait depuis longtemps son impact sur la santé mais ses effets négatifs sur les apprentissages ont également été démontrés. 

Le bruit est inévitable 

Le bruit est un facteur de stress bien connu. En effet, il provoque une tension émotionnelle, augmente la pression artérielle et peut, sur le long terme, engendrer des troubles cardio-vasculaires. Ce que l’on sait moins, c’est que le bruit a également un impact délétère sur les apprentissages. Cela pose évidemment question dans les salles de classe, temples du savoir. 

Il est évidemment impossible d’obtenir un environnement épuré de toute pollution sonore. Ce n’est pas un phénomène nouveau mais les évolutions sociologiques tendent à modifier les bruits auxquels nous sommes exposés : des rues animées du moyen âge aux open space…. L’histoire se répète malgré le changement de décor. Certaines personnes sont hypersensibles aux sons environnants. C’est pourquoi de plus en plus de supermarchés proposent des moments de la semaine avec moins de stimulations qu’elles soient auditives ou visuelles. 

L’impact négatif du bruit sur la cognition 

Les recherches en psychologie cognitive ont mis en évidence que le bruit réduisait nos capacités cognitives. Il s’agit notamment des bruits de fond constitués de voix. Ils ont un impact négatif sur la mémoire de travail. Rappelons que cette mémoire de travail, comparable à la mémoire vive de l’ordinateur, nous permet de retenir une information tout en réfléchissant sur cette information. Elle est sollicitée à longueur de journée. L’une des voies d’accès de la mémoire de travail est la « boucle phonologique », c’est le fait de se répéter des informations verbales en boucle en vue d’agir dessus (pour raisonner ou calculer par exemple) ou de faire une autre action sur la base de ce précieux matériau. Evidemment, si quelqu’un vous parle, ou s’exprime à côté, cela entre en interférence et vous perdez l’information. La mémoire de travail est donc extrêmement sensible et fragile. 

On sait aujourd’hui que ce phénomène de parasitage se produit également lorsque le bruit de fond est constitué de musique, surtout si celle-ci se compose de séquences rapides de notes. Une musique douce aura donc un tout autre effet. Il semblerait que ce soit surtout les changements brusques dans la mélodie qui soient perturbateurs…

Les enfants aux difficultés d’apprentissage sont les plus vulnérables 

Les enfants présentant des troubles des apprentissages ont une mémoire de travail encore plus fragile. En effet, les apprentissages n’étant pas automatisés, ils nécessitent un traitement cognitif plus coûteux et énergivores en ressources attentionnelles. Par ailleurs, les difficultés d’apprentissage peuvent aussi résulter d’un affaiblissement de la mémoire de travail. 

En CE2, les études ont montré que les conversations de fond (chuchotées ou non) réduisent de 40% les capacités de stockage en mémoire de travail et de 21% les capacités de compréhension pour les enfants « ordinaires » ! Imaginez un peu pour les enfants les plus fragiles… et ce d’autant plus que les enseignements les plus perturbés dans ces circonstances vont être ceux liés à l’apprentissage de la langue et des langues vivantes. Lire dans un environnement bruyant devient alors quasiment impossible. C’est un vrai cercle vicieux qui s’installe alors car le développement du langage oral et écrit sous-tend tout le reste. 

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La mémoire de travail étant la voix royale pour l’apprentissage. Préserver son efficacité est un enjeu crucial pour le développement cognitif.  

Quelques astuces pour réduire le bruit 

  • Les travaux acoustiques : Il est tout à fait possible d’aménager les murs, les sols et les plafonds par des revêtements qui réduisent le bruit en les absorbant.  C’est souvent coûteux … et donc pas forcément à la portée de tous. Mais dans une salle de classe, on peut ajouter de petites cloisons, mettre des balles de tennis aux pieds de chaise, mettre des mobiles au plafond et mettre des affichages sur le mur. 
  • Puisque les conversations réduisent les capacités cognitives, il faut encourager les élèves à se taire … à certains moments clés. Ce n’est pas toujours bien perçu d’affirmer cela au 21ème siècle … mais c’est pourtant essentiel. Lors des travaux individuels, il faut exiger le silence. Loin de museler l’expression de nos petits écoliers, on pourra les encourager à s’exprimer à d’autres moments. Pour cela, l’utilisation d’un petit feu tricolore dans la classe est idéale informant du niveau sonore accepté pour telle ou telle activité : vert quand parler est autorisé à un niveau sonore acceptable, orange pour le chuchotement et rouge lorsque le silence total est exigé. Un petit rappel visuel (par un mini feu tricolore sur la table) peut être utile pour les enfants les plus inattentifs. 
  • Les enfants les plus fragiles scolairement doivent impérativement être placés devant. Pendant le travail, un casque anti-bruit ou des boules quies seront d’une aide précieuse.
  • Faire du chuchotement la norme. Il convient pour cela de réduire nous même le son de notre voix dans les séances collectives… sans perdre en dynamisme et en veillant bien à adopter le volume qui permettra aux enfants du fond de bien entendre également. Nous adresser individuellement aux enfants en chuchotant est aussi une bonne stratégie. Pour les enfants ayant des difficultés à moduler le son de leur voix, on peut utiliser des espèces de petits téléphones en plastiques vendus dans certaines boutiques spécialisées comme hoptoys par exemple)
  • Diffuser une musique zen en sourdine dans la classe. Elle forcera les élèves à baisser le niveau sonore. 

Il en est de même pour les devoirs à la maison. Le moins de bruit possible … et surtout pas de musique (sauf zen ou classique). Et si on faisait de nos maisons des havres de paix et de sérénité ? 

Le bruit est vraiment à combattre ! La qualité de vie et l’efficacité des apprentissages en dépendent. N’hésitez pas à me faire part en commentaires vos stratégies anti-bruit. 

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